Travailler rend-il libre… ou juste suffisamment docile ?
Et si le travail ne rendait ni libre, ni fier — juste docile ? Dans un monde où la souffrance devient un badge de mérite, il est urgent de rappeler ceci : l’activité rend vivant, le travail rend soumis.

Pour ce vingt-deuxième opus, une question faussement philosophique mais terriblement actuelle : et si le travail ne nous rendait ni libres, ni fiers, mais juste… bien dressés ?
1 – L’illusion du travail émancipateur
Aujourd’hui, avoir un travail est devenu un signe extérieur de dignité.
Pire : c’est la preuve que vous avez été choisi.
Peu importe pourquoi. Peu importe comment.
L’essentiel, c’est d’avoir un poste, une fiche de paie, quelques recommandations LinkedIn et un intitulé vaguement flatteur. L’utilité réelle de l’activité passe au second plan. Le Système vous vend cela comme la reconnaissance ultime.
Et pourtant, ceux qui soignent, accompagnent, créent, soutiennent — les métiers les plus essentiels — sont peu ou pas reconnus.
Tandis qu’à l’inverse pullulent les pseudo-experts grassement payés pour produire du vide, du conseil abscons ou du pathos instrumentalisé.
Albert Jacquard le disait magnifiquement :
« Voyez, j’évite le mot travail. Ce que j’ai produit n’a pas été du travail, n’a pas été une torture – et j’espère qu’on va vers une société où ce sera la règle. »
Il avait compris l’essentiel :
le problème n’est pas l’activité, c’est l’aliénation à un système qui vous fait croire que votre valeur dépend de votre emploi — et accessoirement de votre salaire.
2 – La souffrance n’est pas un bug. C’est le cœur du système.
L’humain fait mieux ce qu’il croit juste.
Le travail contemporain n’a rien de juste. Et très clairement, rien de libre.
Avant 1789, les serfs travaillaient quatre à cinq mois par an.
Le reste du temps, la vie en communauté imposait un autre rythme.
Après 1791, le capitalisme moderne s’installe, avec son credo définitif :
« Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. »
Depuis, la souffrance est devenue noble — surtout pour ceux qui ne la subissent pas.
Ici, aucune critique partisane : juste un constat.
La douleur est légitimée tant qu’elle sert la performance.
Le burn-out devient une forme de validation.
L’épuisement, un badge de réussite.
La résilience, une compétence métier.
Tant que vous revenez vite dans la machine, vous êtes célébré.
3 – Les nouveaux camps du mérite
« Le travail rend libre. »
La phrase glace toujours autant.
Aujourd’hui, plus besoin de barbelés :
ils ont été remplacés par les injonctions à la performance, à la gratitude, à la résilience.
Vous survivez à un harcèlement moral ?
Bravo : vous pouvez devenir coach, créer une formation de luxe, remercier la vie pour ce cadeau empoisonné.
Et si vous craquez à nouveau ?
C’est que vous n’aviez pas assez travaillé sur vous.
Pas assez voulu.
Pas assez “lâché prise”.
La souffrance n’est plus une alerte :
c’est un test de conformité.
Le coach LinkedIn vous le dira :
vous êtes un phénix — toujours adressé au féminin…
et votre douleur est une opportunité.
Jusqu’à la prochaine.
4 – Désobéir par l’activité
Chez Backstage RH, nous avons désobéi.
Nous ne travaillons pas pour une entreprise.
Nous n’avons ni contrat, ni label, ni produit frelaté à vendre.
Mais chaque semaine, nous publions.
Nous écrivons la nuit.
Nous réfléchissons au fond, pas à la forme.
Pas de KPI tordus, pas de storytelling dégoulinant.
Juste de l’activité.
Du vrai travail, sans fiche de paie mais avec du sens.
Notre activité n’est validée ni par un manager RH, ni par une Direction capricieuse.
Elle est validée par celles et ceux qu’elle aide à penser autrement.
Et c’est déjà beaucoup.
5 – Conclusion : la vitalité plutôt que l’emploi
Le contraire du chômage, ce n’est pas l’emploi.
C’est la vitalité.
L’élan.
L’allégresse.
Dans une société qui répète que vous n’êtes rien sans emploi, nous affirmons autre chose :
l’ouvrage commence quand l’emploi salarié — même indépendant — s’arrête.
C’est là que la vie reprend.
Que le sens surgit.
Pas dans l’open space aseptisé ni dans les process Lean.
Aujourd’hui, le travail rend docile, malade, soumis.
L’activité, elle, rend vivant, lucide, présent.
Et parfois même…
elle guérit.
Nous vous souhaitons une guérison pleine et entière.
Le système peut bien en crever, c'est tout ce qu'il mérite.
#Travail #Société #Utilitarisme #BackstageRH #Billet22
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