Les compétences qui périment et des candidats qui dépriment

Les mots marquent et s'insinuent dans une expérience, un moment de vie et dans une continuité à reconstruire. Vivre avec, les avaler ou les exclure n'est pas aisé.

1 - Ce rêve d’un monde cassé...

Sortir du sommeil un début de weekend à 4h25 du matin par un rêve très réaliste qui vous sort du lit abruptement, cela reste un évènement banal… si tant est que ce ne l’est pas tant que ça. Au-delà du sommeil coupé net, c’est le pourquoi de ce ‘rêve’ qui est intéressant. Il s’avère que ce qui a sorti du sommeil l’un de nos auteurs est le fait d’avoir réglé un problème dans une salle de marché, alors qu’il n’y travaille plus depuis près de 15 ans. Cela l’a fait remonter au souvenir d’un (parmi d’autres) entretien ubuesque avec un recruteur, après un licenciement économique très douteux.

Et oui… un licenciement économique est parfois discutable mais également mal vu, en Suisse ou ailleurs c’est la même sensation et la même punition. Surtout lorsque l’équipe de travail a créé une ambiance plus vivable qu’ailleurs… Bon… notre ami s’est mis à rechercher du travail 3 mois après son départ – certains ont besoin de reprendre leur souffle après un tel évènement, qu’est-ce que 3 mois dans une vie ? Il se retrouve face à un recruteur qu’il connait bien et qui a connaissance de sa situation professionnelle et administrative.

Pourtant, c’est par là que la douche froide arrive. Ce recruteur d’un mastodonte américain -une référence en la matière- lui dit froidement tout de go : ‘cela fait 3 mois que vous ne travaillez plus dans la finance, le retour sur le marché va être quasi impossible !’ A cela notre auteur rétorque : ‘je n’ai absolument rien oublié de mon métier et je peux encore apporter des choses à un autre employeur !’ Ces arguments ont été moqués et passés sous silence. Un tampon est inscrit sur sa candidature ‘viré et has been après 3 mois de non-activité, dans une industrie qui ne se révolutionne pas toutes les 2 semaines !’

Tout ceci n’est pas sorti de notre imagination, cette histoire est vraie et notre collègue anonyme pourrait en faire un bouquin. En plus du licenciement économique fallacieux (mettant le doute sur la relation professionnelle effective, aux yeux des recruteurs), il faut supporter le jugement gratuit sur le fait de n’être pas retourné au turbin depuis 3 mois !

2 - Le has been professionnel, dans les années 2010

Chez Backstage RH nous savons qu’en Suisse ou ailleurs, les exigences en matière de recrutement sont souvent ubuesques. Nul n’est épargné, le natif helvétique avec papiers ou frontalier… pas de jaloux.

Vous retrouverez les mêmes problématiques en Helvétie qu’ailleurs : salaires sans augmentation substantielle depuis 15 ou 20 ans, les + de 50 ans persona non grata dans les entreprises, postes sans intérêt professionnel majeur, défaut de formation en interne, jeunisme à tous les postes, perte des valeurs et de l’éthique professionnelle. A cela rajoutez les effets des politiques économiques et commerciales extérieures, ainsi le tableau sera complet. C’est la même scène partout en Europe de l’Ouest, la Suisse ne fait pas exception.

Bref tout cela n’est pas nouveau, chercher le mouton à 8 pattes et demie n’est pas une découverte. Ce qui est jeté par contre à la tronche, c’est le fait d’avoir été licencié (non pour faute) et d’en être tenu pour responsable. En 2012 c’était monnaie courante de mettre dans le pif d’un candidat sa suffisance de recruteur, avec un pouvoir de nuisance considérable ou de renaissance à la clef pour le candidat.

Cela fonctionne assez bien quand vous êtes sur le carreau et hyper mal dans votre peau. Le fait de vous dire que vous n’êtes plus bon à rien dorénavant - après 3 mois hors de l’entreprise, cela reste le pompon et que dire au bout de 1 ou 2 ans… ou plus actuellement ?

3 – Le licenciement économique aussi mal vu, que celui pour faute

Il paraîtrait que le licenciement est mieux accepté maintenant, cela reste à voir. Du reste pourquoi était-il si mal vu ? Ce n’est pas un secret pour un recruteur que du jour au lendemain, un salarié peut être dégagé de l’entreprise. La faute n’incombe pas systématiquement au salarié…

Bref tout cela n’est pas un délire. C’est du vécu et cela pose la question :

-          du but du recruteur,

-          de sa compréhension des parcours (y compris) chahutés,

-          de son action sur le marché.

Tout est à remettre en perspective.

Le recruteur n’a aucun moyen d’intervenir sur le marché de l’emploi. Il participe à la bêtise du marché en question, complètement hors de contrôle. Toutes les extravagances sont permises.

Les cabinets recrutent des profils, parfois ils ‘gèrent’ l’outplacement des entreprises clientes. Ils constatent la sorti de cohortes de salariés, avec les problématiques sous-jacentes qui vont avec. Ils savent tout ce qu’il se passe sur le marché, pourquoi faire les oies blanches ? Le recruteur se lave les mains de la partie outplacement. A chacun son job. Pourquoi juger les candidats sur leur statut administratif dans ce cas ? Pourquoi vouloir regarder ailleurs alors que les licenciements font la une des journaux et qu’ils ont cette information (souvent) avant la presse ?

Mettre la tête dans le seau et faire croire de découvrir le monde en 2012 pouvait encore faire la blague. De nos jours, faire l’ignorant ne passe plus. L’effet de nuisance est connu par une majorité, plus personne n’est dupe.

4 - Réalisme brut : la compétence est un ancrage, pas un consommable

Ce que cette expérience révèle est plutôt difficile à comprendre en 2012, avec l’éclairage de fin 2025 cela devient plus clair. Éclairons donc 2012 avec la lumière crue de décembre 2025. Non, rien n’a vraiment changé et cela empire même. Les arguments fallacieux sont toujours de mise, les inconséquences toujours impunies.

Un candidat en Suisse doit être clean, 'brainwashé' et blanc comme la neige déposée au matin au pied du chalet. Sans trace visible d’avoir été ‘violé’ par une marque de pas ou un passage de merle. Immaculé et vierge ! Cela démontre votre asservissement complet. C’est cela que veut le marché.

Voilà ce que cache cette volonté de virginité. Cela fait la blague pour l’entreprise toute puissante, avec à la clef un écrémage des plus récalcitrants – ces derniers sont dangereux pour la bonne marche du système !

Vous ne pouvez pas vous recycler ? Remerciez donc votre/vos employeur(s) de ne pas vous avoir payé de formations revendables sur le marché. Tant que vous servez à votre poste, vous serez utilisé et essoré. Lorsque vous êtes usagé à leurs yeux, ils en trouvent un autre moins cher. Passés 50 ans, il ne faut pas trop rêver pour avoir de l'avancement. Vous irez à la benne, hormis si vous êtes ‘grands cadres’ (tout est relatif) ou bien intégrés… sous-entendu malléables, adaptables et bien obéissants.

5 - La violence symbolique des recruteurs fébriles

Quand vous entendez que votre parcours est juste de la m***e et que vous êtes bon à jeter, vous pouvez bien croire que c’est de la violence verbale jamais comptabilisée dans le bilan du cabinet de recrutement qui vous juge. Sans être fragile, cela fait un effet très désagréable à entendre.

De plus cette expérience se produit envers un candidat qui n’avait que 35 ans à l’époque. D’un seul coup l’argument de l’âge disparaît et l’inconséquence du propos fait un autre écho.

Ce type de propos n’est pas plus acceptable à 35 ans qu’à 45 ou 50 ans, soyez-en assurés. Disons qu’ici l’argument de l’âgisme ne tient pas, la volonté de nuire est plus probable. La vexation et la démonstration du pouvoir suprême fait dire qu’il y a encore 15 ans les cabinets de recrutement et les RH se sentaient surpuissants ! Tout cela a changé, pas pour le meilleur mais cela a changé un peu sur ce point.

Nous nous interrogeons beaucoup chez Backstage RH sur la volonté d’utiliser un vocabulaire et des propos permettant de réduire quelqu’un à peu de chose. Ce ne sont pas les candidats qui manquent et ne pas avoir d’égards pour les candidats, c’est ne pas avoir de considération pour les organisations pour lesquelles les recruteurs travaillent et pas plus pour le métier qu’ils font. Nous savons fort bien que la matière humaine est de plus en plus quantité négligeable. La violence qui accompagne ce constat est à noter et à prendre en compte.

Les mots ont un sens

Nous en voulons pour preuve le fait que ces mots résonnent encore et sont particulièrement parlant encore 15 ans plus tard. Pourquoi donc ?

Parce que des mots vous construisent ou vous détruisent. C’est valable dans l’éducation d’un enfant, à l’annonce d’une maladie grave par un médecin mais également par un recruteur à un potentiel candidat. Cela donne le ton, pour une poursuite de carrière via la dénonciation des agissements discutables d’une profession.

Sans rancune car cela a révélé un potentiel. Un moteur pour le potentiel afin de dénoncer ces agissements, regarder la situation comme elle est et trouver des solutions contre cette permissivité ‘à tuer’ par les mots. Cela ne s’est pas fait en un jour. Un licenciement fallacieux peut faire rebondir un salarié, ailleurs et autrement. En cela il doit être aidé par TOUS les acteurs, les recruteurs y compris !

6 – En conclusion…

Les compétences professionnelles et personnelles ne périment pas, ce sont les inconséquences des recruteurs indélicats qui font périr. Si la compétence disparaissait comme la neige au soleil, plus personne ne travaillerait passés 40 ans. C’est loin d’être le cas, même si la séniorité est devenue une problématique économique pour les entreprises.

Gageons que l’audit (prophétique) en RSE pourrait bien créer cette case à cocher, le boomerang finit toujours par revenir. C’est de bonne guerre !

Toutes nos amitiés aux recruteurs qui mènent à bien leurs missions, en conscience et en responsabilité et qui sont reconnus pour cela. Car oui… de bons professionnels il y en a !

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