La RH, roue cabossée de l’attelage
Vouloir faire de la stratégie globale, c'est très louable. Encore faudrait-il que cela serve les RH et les entreprises.

Ce n’est pas être rosse que de le dire ou de le penser.
Depuis quelques semaines, des posts fleuves fleurissent sur le réseau social dit « professionnel », relatant les prétendus dons de stratège de certains RH en poste.
Au sein du collectif, après un vague sourire esquissé, nous avons lu et relu certains de ces textes… souvent pauvres en arguments.
Pourquoi ? Parce que le RH stratège, tel qu’il est revendiqué, n’existe pas. Et ce n’est pas un hasard.
La RH n’est pas stratégique par essence. Elle ne devient stratégique que par la qualité de sa contribution à une stratégie qui la dépasse.
Nous comptons au sein du collectif plusieurs rédacteurs travaillant en RH. Ils ne fantasment ni leur rôle, ni leur place, et encore moins leur combat. C’est précisément pour cela que ces revendications, portées par certains RH -juniors ou mi-seniors- nous ont à la fois surpris, affligés… et souvent amusés.
Ce billet n’a pas vocation à attaquer une fonction. Il vise simplement à décrire, clarifier et ramener au réel un chemin devenu inutilement tortueux.
De quelle stratégie parle-t-on, exactement ?
Il est assez évident, pour un financier, un commercial ou un membre de direction, que la stratégie globale disqualifie la RH d’office comme instance décisionnaire.
La fonction RH ne porte pas le modèle économique de l’entreprise. Elle ne décide ni de l’orientation stratégique globale, ni de la trajectoire de création de valeur. Qu’on le veuille ou non.
Il y a donc une confusion persistante entre :
- être réceptacle d’une fonction support,
- et être décisionnaire de la marche globale de l’entreprise.
Les RH pilotent des moyens, pas la création directe de valeur marchande.
Historiquement, le rôle RH est fonctionnel : sécuriser le cadre social, la paie, le dialogue social, et déployer les politiques humaines décidées en cohérence avec la direction.
Cela permet à l’entreprise de fonctionner. Ce n’est ni un rôle dégradant, ni un emploi à temps partiel.
Mettre les bons mots sur les bons rôles permet immédiatement de restaurer un minimum de vérité.
Comment en est-on arrivé à ces revendications illégitimes ?
Depuis une trentaine d’années, écoles et organismes de formation survendent la figure du “RH business partner”. En français clair : le RH partenaire en affaires.
Cela sent fortement le besoin de remplir des formations et de vendre du rêve au chaland. Rien de répréhensible… jusqu’au moment où cette fiction devient problématique pour le fonctionnement réel des entreprises.
Les contenus pédagogiques suggèrent qu’après la RH fonction support caricaturée en « RH des années 1990 » viendrait enfin le temps du levier stratégique pour les modernes et les ambitieux.
Sauf que le niveau analytique réel n’est pas au rendez-vous. Les enseignements proposés ne permettent pas le saut promis.
C’est là que se fracasse la volonté du RH stratégique en perdition.
Cette dérive est aussi liée à une promesse implicite de montée en galons rapide, faite à certaines générations. Elles devaient tout transformer, tout déconstruire, tout réenchanter. Elles y croient encore.
Marque employeur, QVCT (acronyme pour le moins discutable), égalité, RSE, etc. : autant de sujets brandis comme outils de rupture avec le « vieux monde ».
Le capital humain était présenté comme un levier central. Il l’est aujourd’hui de façon plus nuancée et, 2026 oblige à reposer la question du rôle réel des RH, sans fard.
Vouloir du prestige est humain. Encore faut-il ne pas se tromper de mission.
Stratégie globale = culture du chiffre
Ce n’est pas méchant de le dire : de nombreuses analyses montrent que les nouveaux RH reconnaissent une compréhension insuffisamment fine du business de leur entreprise.
Indicateurs clés, priorités économiques, lecture des chiffres : tout cela leur échappe souvent.
Or, la stratégie globale naît précisément de cette compréhension.
Un rapport de l’université de Cornell est explicite sur ce point, mettant en cause à la fois les formations et le mentorat interne proposé post-université.
Le business acumen gap, niveau de compréhension du business ; est un angle mort structurel reconnu dès la formation RH. Lire des chiffres n’est pas les comprendre. Et sans compréhension des données, il n’y a pas de stratégie seulement du discours. Et celui qui détient la clé des chiffres détient, de fait, le gouvernail.
Bien sûr, certains RH savent lire des indicateurs. L’analyse fine, celle qui éclaire réellement la décision stratégique, reste assez marginale.
Ces compétences peuvent s’acquérir, pour les plus assidus mais elles ne s’improvisent pas.
Stratégie RH : à redéfinir et à remettre à sa juste place
Oui, une stratégie RH existe. Elle ne concerne que son périmètre et n’est légitime que parce qu’elle s’inscrit dans la stratégie globale.
La RH est un moyen, pas une finalité.
Son rôle est de tenir une ligne claire : accompagner les choix stratégiques en intégrant l’actif humain et ses contraintes non négociables.
À l’heure de l’IA, appelée à se diffuser massivement, la RH a un rôle central à jouer dans l’accompagnement des transformations.
Le télétravail en est un exemple frappant : mal pensé, mal piloté, mal arbitré alors même qu’il relève pleinement d’une stratégie RH mature.
Où sont les RH pour réconcilier les boards avec ces nouvelles réalités ?
Ici, la stratégie est évidente. Mais peu s’y engagent réellement.
Le storytelling des formations et les commentaires zélés de certains professionnels ne reflètent pas le terrain.
Le quotidien doit être observé, évalué puis absorbé par la machine RH.
Une RH qui se rêve stratège sans assumer ses missions régaliennes perd sa légitimité, se disqualifie auprès de la direction et n’apporte rien de structurant à l’entreprise.
Une roue cabossée n’est pas inutile. Par contre une roue qui se prend pour le moteur finit par faire dérailler l’attelage.
Ré-habiter pleinement le rôle RH, ce n’est pas renoncer à toute ambition. C’est accepter une contribution juste, solide, indispensable et intégrée.
La stratégie globale est une affaire sérieuse.
Elle exige la maîtrise des leviers de son métier et la lucidité de ne pas en usurper d’autres.
Remettons la roue à sa place. L’attelage ira plus loin.
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