đȘJâoffboarde donc je suis⊠ou pas⊠Ce que cet Ă©vĂšnement rĂ©vĂšle profondĂ©ment de votre organisation
La sortie dâun salariĂ© rĂ©vĂšle toujours lâADN profond de lâorganisation.

𧳠1. Le départ, ce miroir révélateur
Un dĂ©part mal gĂ©rĂ©, câest le reflet de tout ce qui nâa pas Ă©tĂ© vu, dit, ou rĂ©parĂ© durant la collaboration. Le sortant nâen est pas le plein responsable, il subit un Ă©niĂšme dysfonctionnement gĂȘnant.
- Les non-dits RH (process maladroits, mal Ă©crits, non remis en questionâŠ),
- Le pilotage "Ă distance Ă©motionnelle" (pas de grande fanfare Ă la sortie, aprĂšs tout le sortant est le seul responsable de sa sortieâŠ),
- Les valeurs rutilantes scandĂ©es sur le site web de lâorganisation mais⊠absentes lors de lâacte de sĂ©paration dĂ©finitive (affichage de circonstance pour montrer au reste du monde qui nous pensons ĂȘtre, ne pas lâincarner ou oublier de le faire lors des sorties des salariĂ©s).
"Lorsque vous âoffboardezâ tout devient transparent et cela dit exactement ce que vous ĂȘtes en tant quâorganisation."
đ 2. Lâadieu en mode PowerPoint vieillot et dĂ©cati
Aujourdâhui, nous dĂ©sincarnons les sorties :
- Mail froid â parfois envoyĂ© groupĂ© Ă plusieurs personnes mises Ă la porte, case cochĂ©e dans le process borderline jamais remis Ă jour, matĂ©riel professionnel rendu en catimini et carton de dĂ©part fait Ă la va-vite et non fourni par lâentreprise.
- Aucun retour sincĂšre sur la lettre de rupture ou de question Ă©motionnelle pouvant rendre ce moment un peu moins merdique, pas prise en compte de ce moment ambigu entre "encore dedans" et "dĂ©jĂ dehors", pas de reconnaissance rĂ©elle du travail effectuĂ© (non le salaire nâest pas une reconnaissance, juste une donnĂ©e contractuelle passĂ©e) ou de reconnaissance de la personne et de ce quâelle a apportĂ© Ă la structure.
Et pourtant, câest lâultime moment pour faire du lien, pour crĂ©er une trace forte, pour apprendre.
Mais cela effraie. Qui dâailleurs est effrayĂ© ? Puisque tout cela est âprocessĂ©â, donc pourquoi avoir peur de la dĂ©cision prise puisque la direction a fait le bon choix ?
Alors câest le silence gĂȘnĂ© qui va prendre la place dâun cĂŽtĂ© et de lâautre la colĂšre rentrĂ©e, ou les pleurs de rage qui sont ravalĂ©s dâun coup. Ce modĂšle de dĂ©part RH "copy/paste" devient indĂ©cent aux yeux de ceux qui lâont vĂ©cu par le passĂ© et qui pense que ce modĂšle a Ă©tĂ© corrigé⊠pour du mieux ! Quelle erreur monumentale que de penser ainsi⊠Ce qui est dĂ©rangeant Ă souhait est souvent/presque toujours mis sous le tapis avant la prochaine vague. AprĂšs tout⊠« nous avons toujours fait ainsi⊠nul ne sâest plaint⊠!»
đ©č Et quand la sortie est subie ?
Et⊠Quand ce nâest pas une fin de mission, mais la consĂ©quence dâun harcĂšlement moral, dâune mise Ă lâĂ©cart, dâun climat devenu toxique ?
Quand le départ se fait par survie et non par choix ?
Ce type de dĂ©part rĂ©vĂšle tout autant â voire davantage â ce quâest une organisation dans sa profondeur.
Et pourtant, tout ceci est souvent balayĂ© dâun revers de main RH, noyĂ© dans des âmotifs personnelsâ ou un âdĂ©salignement culturelâ.
Dans ce cas, lâoffboarding nâest pas un process, câest un camouflage honteux et Ă©hontĂ©.
La mĂ©thode est de disparaĂźtre la personne, sans jamais interroger ce qui lâa conduite au bord dâun gouffre. La seule rĂ©paration offerte, câest la porte avec coup de pied sans aucune autre option.
Et le collectif restant, lui, est invitĂ© Ă tourner la page. Rapidement. Sans bruit et sans arrĂȘter la cadence.
đ Mais une entreprise qui sait âdire au revoirâ avec honnĂȘtetĂ©, sait aussi regarder en face les raisons de la rupture.
Câest cela aussi le travail du RH. Pas de revernir un lustre craquelĂ© et mal en point, pas non plus dâimposer le silence aux effectifs restants. Câest lâouverture et la reconnaissance dâun quotidien parfois peu agrĂ©able mais qui est amenĂ© Ă ĂȘtre pris en compte, parce quâil sera de moins en moins souffrant.
Ce nâest pas une utopie⊠puisque lâESRS vous y forcera que vous le vouliez ou nonâŠ
đ 3. Le dĂ©part comme indicateur social (hello ESRS)
Selon la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive â document on ne peut plus corporate car câest dĂ©jĂ dans le nom), un indicateur social nâest pas juste le turnover annuel.
đ Câest aussi : le taux de dĂ©parts conflictuels en indicateur Ă prĂ©ciser, la qualitĂ© du offboarding Ă mettre en couleur plutĂŽt verte pour ĂȘtre raccord avec la note finale, lâĂ©coute des sortants qui sont souvent mis dans la poubelle de lâhistoire de lâentreprise, la maniĂšre dont sont recueillis les griefs.. ah bon ils peuvent avoir des griefs les bougres ?, la transparence de la sĂ©paration⊠transpa quoi ?.
đŻ La norme ESRS S1/S2 demande aux entreprises de :
- Documenter les ruptures de contrat,
- Expliquer les conditions des fins de collaboration,
- Analyser les raisons et le vĂ©cu de celles et ceux qui quittent lâorganisation.
Ce nâest pas une punition.
Juste pour comprendre comment les structures gÚrent cet évÚnement, qui -étrangement- ne met pas la fanfare du onboarding pour la sortie.
Et rendre des comptesâŠ.sociaux (et oui la RSE avec son S qui fait souvent tĂąche pour beaucoup)⊠et rendre des comptes chiffrĂ©s Ă©conomiques, car les assurances chĂŽmage, de santĂ© et accessoires coĂ»tent chers en tout point. Câest bien le collectif qui gĂšre les erreurs des organisations dĂ©faillantes sur ces questionsâŠ.
đ§š 4. La poudre poil Ă gratter de la RSE dans la chemise RH
Beaucoup d'entreprises veulent faire croire qu'elles âoffboardentâ proprement :
- En brandissant un livret RSE de 12 pages et un audit tellement propre quâun maniaque de la propretĂ© en ferait des crises.
- En envoyant son audit RSE et sa note de super employeur de lâunivers de lâannĂ©e en cours comme preuves de la bonne marche au pas de ses ouailles.
Mais le soin des Ă©quipes ne se rĂ©sume pas Ă un code promo pour âgarder le lienâ. Quand nous parlons dâĂ©quipe il est aussi question des RH qui doivent effectuer le travail de offboarding, au mieux de ce que la direction ne veut pas voir ou entendre. Tout le monde ne prend pas plaisir Ă annoncer des ruptures, fort heureusement.
Le soin, câest dire les choses, Ă©couter, assumer, ajuster.
Et si tout ces changements donnaient lâoccasion de faire du soin intelligemment et de maniĂšre Ă ĂȘtre responsables (comme dans le R de RSE) ?
Peut-ĂȘtre que les sortants deviendraient les premiers ambassadeurs. Pas les premiers rageux sur Glassdoor ou autres rĂ©seaux pouvant aider Ă sâĂ©tendre sur ces questions, assez mal venues pour les entreprises prises en faute entre leurs annonces mises en avant et la rĂ©alitĂ© du terrain.
đ§ 5. Et si lâultime mission en RH consistait Ă dire « au revoir » proprement et pourquoi pas « Ă bientĂŽt pour collaborer autrement » ?
Faire de cet Ă©vĂšnement autre chose quâune fin sans retour ou alors au mĂȘme poste et au mĂȘme salaire, car pas trop le temps de trouver quelquâun dâautre.
Sortir de cet Ă©pisode lourd avec une solution gagnante pour les deux parties, comme une preuve dâassertivitĂ© assumĂ©e pour les deux parties. Que cela puisse ĂȘtre une expĂ©rience forte pour les deux cĂŽtĂ©s du manche, cela nâest pas une utopie pour ceux qui travaillent/pratiquent dĂ©jĂ (ou depuis longtemps) sagement ce sujet.
Un offboarding nâest jamais neutre. Il rĂ©vĂšle, il raconte. Ă vous de choisir ce quâil dira de votre organisation : une structure humaine et responsable ou alors un automate bien huilĂ© qui Ă©jecte en silence ?
đ âSi vous ne savez pas dire au revoir, vous nâavez jamais vraiment su dire bonjour.â
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